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( 19 août, 2009 )

Le zodiaque ethnocentrisme

Le zodiaque : un référant pré-signifiant spécifique à l’astrologie « septentrionale » 

Le zodiaque des traditions astrologiques est issu des spéculations spécifiques à l’Ancien Monde de l’hémisphère nord. A de rares exceptions près, toutefois, car il est probable qu’il ait existé une conception zodiacale, dont nous ne savons malheureusement presque rien, dans les cultures d’Amérique Centrale, voire dans les cultures d’Afrique noire. Mais, même dans l’hypothèse afro-amérindienne du zodiaque, son existence reste circonscrite dans l’hémisphère septentrional et il n’existe aucune tradition orale, dans les différentes cultures astronomiques de l’hémisphère austral, qui ait produit une conception zodiacale des constellations et encore moins des signes. Le zodiaque est donc un pur produit de l’hémisphère nord du globe. 

constellationzodiaque.jpgLa seconde particularité des constellations zodiacales, c’est leur référence à des significations préétablies par le consensus des astrologues ou plus précisément par le regard que leur donnent l’histoire, l’idéologie des puissants et la marque des symboles qu’ils souhaitent reconnaître et représenter dans le ciel. Les représentations zodiacales sont des référents astronomiques pré-signifiant aux animaux, objets ou êtres que les astrologues veulent voir dans le ciel. Contrairement aux étoiles ou aux planètes, dont l’intensité, la brillance, les couleurs etc… ont été observées pour interpréter leurs effets et pour leur attribuer des termes, mots et images signifiantes, les signifiants des constellations, c’est-à-dire leur langage, est déjà préétabli par la représentation que les observateurs désirent s’en faire et par les référents astronomiques qu’ils choisissent à cet effet.  Nous analysons dans notre livre comment s’articule l’imaginaire ascensionnel du zodiaque, sous le poids de cet idéologie des représentations, avec le présupposé de l’influence des saisons comme explication souvent donnée par les astrologues. 

Une idéologie ethnocentrique 

Dans la première partie de notre livre, nous abordons l’histoire de l’idéologie occidentale  qui a toujours procédé par projection de ces propres représentations sur celles des ciels « exotiques ». Cette « catharsis » des étoiles persiste de nos jours où les astrologues contemporains veulent voir dans le zodiaque un modèle universel de représentations nées dans un contexte imaginaire particulier qui, en aucune façon, ne peut se réduire à une allégorie désuète. De plus, les astrologues, dans leur grande majorité, se refuse à modifier leurs habitudes lorsqu’ils étudient les thèmes astrologiques des personnalités natives de l’hémisphère austral, alors que si le zodiaque est d’origine saisonnière les significations des signes devraient s’inverser d’un hémisphère à l’autre. Voici, par exemple, des sites astrologiques des pays de l’hémisphère austral où les astrologues n’inversent pas le zodiaque des tropiques : http://www.tarot.net.nz/pages/astrology.htm. Pour la Nouvelle-Zélande : http //members.tripod.com/more_tra/a_newzealand.htm. Pour la fédération des astrologues australiens : http://www.faainc.org.au/ ; et le site australien de l’astrologie universelle : http://www.universalastrology.com.au/monthly01.htm. Notre plaidoyer pour le caractère non ethnocentrique de l’astrologie est avant tout un message d’encouragement à l’ouverture des chercheurs. Ceux-ci doivent faire face aux astrologues qui, trop souvent, ne prennent pas le temps d’évaluer objectivement leur propre estimation personnelle ou, cela est déontologiquement plus grave, ne souhaitent tout simplement pas remettre en question leur apriorisme sur la question de la nature du zodiaque. Nos recherches exposées dans cet ouvrage se doivent donc d’être prises plus comme l’illustration de cette « rupture épistémologique » nécessaire pour l’évolution de la compréhension de l’astrologie que comme une provocation à l’encontre de tous les astrologues qui professent dans les pays de l’hémisphère austral et qui, c’est leur droit, pensent ne devoir rien changer de leur art né dans le croissant fertile de l’hémisphère nord. Dans une certaine mesure, on peut se demander si la résistance à l’inversion des significations des signes du zodiaque dans l’hémisphère sud ne cacherait pas une forme d’idéologie doctrinale. 

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precessionequinoxe.jpgLa précession des équinoxes est le lent changement de direction de l’axe de rotation de la Terre. Ce changement de direction est provoqué par le couple qu’exercent les forces de marées de la Lune et du Soleil sur le renflement équatorial de la Terre. Ces forces tendent à amener l’excès de masse présent à l’équateur vers le plan de l’écliptique. La Terre étant en rotation, ces forces ne peuvent changer l’angle entre l’équateur et l’écliptique mais provoquent un déplacement de l’axe de rotation de la Terre dans une direction perpendiculaire à cet axe. Ce déplacement s’appelle « précession » et a pour résultat que l’axe de rotation de la Terre décrit un cône dont un tour complet est effectué en environ 25.800 ans.
La Terre tourne comme une toupie sur son axe d’où le changement graduel d’étoile Polaire et donc aussi d’équateur céleste, d’où la précession des équinoxes. La conséquence de la précession des équinoxes est de faire glisser sur l’équateur céleste les constellations zodiacales. Au début de notre ère, le Soleil passait au début de la constellation du Bélier à l’équinoxe de printemps et entre la fin de la Vierge et le début de la Balance à l’équinoxe d’automne, alors qu’en ~ 2160 l’équinoxe de printemps passait dans la constellation du Taureau et qu’aujourd’hui il passe entre la constellation des Poissons et celle du Verseau. Les anciennes constellations, qui marquaient les saisons du deuxième millénaire avant notre ère, ne coïncidaient plus aux saisons du début de notre ère où, une fois découvert le phénomène de précession des équinoxes, une nouvelle symbolique du zodiaque fut adoptée. Les « signes des tropiques » ou « signes du zodiaque » étaient inventés (voir deuxième encadré).

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Pour répondre à cette question, extrêmement complexe, il nous a fallu savoir si les astrologues pensent que le zodiaque s’explique par l’influence des saisons ou s’il s’agit de mettre à contribution un imaginaire de nature non naturaliste. Nous nous sommes aperçu que les astrologues prônaient tantôt l’une ou l’autre des explications sans réellement trancher. Il nous a donc fallu remonter aux sources du zodiaque. 

Aux sources du zodiaque : une influence saisonnière très circonstanciée

 Associer le Taureau et le Bélier au bétail et à leur vitalité printanière, c’est associer les signes animaliers aux saisons. Mais quel serait alors le rapport avec le signe du Sagittaire et l’automne finissant ou le Verseau et le milieu de l’hiver ? Il faut remonter à l’inventeur de l’astrologie des signes expliquer par les éléments et les planètes qui les dominent, à savoir Claude Ptolémée (IIè siècle de notre ère),  pour se convaincre que le zodiaque est une sorte de patchwork composite qui fait intervenir les saisons, mais aussi les éléments ou les planètes lorsque cela lui chante. Le zodiaque pré-ptolémaïque était-il saisonnier ? Celui des Egyptiens peut s’expliquer par les saisons, mais ne s’agit pas du tout de celles qui prévalent en Occident, mais des saisons propices à la crue du Nil. Celui dont nous avons hérité est le zodiaque gréco-romain qui nous a été transmis à travers des représentations tantôt d’origine saisonnière tantôt d’origine idéologique. 

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zodiaquetropique.gif

Le zodiaque des tropiques ou « zodiaque des signes », n’a plus rien à voir avec les constellations décalées par rapport aux saisons (source : w.w.w.astroclic.net).

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Pourquoi un zodiaque saisonnier serait-il le bienvenu dans le dédale des théories astrologiques ? A notre avis, parce qu’il peut trouver appui sur un certain nombre d’études pouvant justifier l’influence de la photo-périodicité solaire sur le comportement humain. Par exemple l’existence établie scientifiquement des dépressions saisonnières pourrait expliquer la vraisemblance du zodiaque photo-périodique. Les travaux du docteur Norman Rosenthal, un psychiatre américain, ont révélé la sensibilité des êtres humains à la variation photo-périodique au cours de l’année, avec des dépressions en hiver et des comportements hyperactifs en été, ainsi qu’à la latitude géographique. 

Existe-t-il aujourd’hui une école astrologique qui prône un zodiaque saisonnier ? L’école conditionaliste est la seule à proposer un zodiaque des tropiques cohérent reposant sur l’interprétation réflexologique de l’influence des saisons. Paradoxalement, cette école en vient à prôner un zodiaque universel et non inversable, comme les saisons, lorsqu’il s’agit d’étudier le cas des naissances australes. Les propos du maître à penser du photopériodisme sont, à cet égard, assez déroutants. « Sans les saisons, nous ne saurions rien du zodiaque. Il était normal de célébrer les grands moments de l’année et de donner aux signes qui leur correspondent des symboles en rapport avec les effets du Soleil sur la nature, les activités humaines, le temps, la durée de la lumière…etc. », nous rassure J.-P. Nicola. Mais, on comprend mal pourquoi il s’empresse d’ajouter : « Dans notre hémisphère, ces variations entraînent les saisons que vous connaissez. Dans l’hémisphère sud, les variations demeurent mais les saisons sont « théoriquement » inversées : l’hiver est notre été, dit-on… sauf que ce n’est pas le même hiver qu’en hémisphère nord, et que notre été n’est pas celui de l’hémisphère sud ». On ne saurait sous-estimer la connaissance géographique de Nicola, les pays de latitudes australes telles que la Nouvelle-Zélande ou l’Australie connaissant, là où il existe le taux le plus élevé de natalité, des saisons climatiques tempérées comme celle de l’Occident. Mais on admet moins le fait que Nicola méconnaisse que, dans ces mêmes régions, le zodiaque des tropiques ne soit pas inversé et que, par conséquent, il semble éluder la question alors qu’il appartiendrait à l’école fondatrice du photopériodisme de s’en préoccuper. 

L’épineuse question du signe ascendant 

Autre problème-question : l’ascendant dans tout ça que vient-il faire ? De nombreuses écoles interprètent le signe ascendant (et dieu sait comme il semble important à leurs yeux !) comme un signe solaire, non seulement par son poids dans l’interprétation mais aussi comme s’il s’agissait d’un phénomène photo-périodique. Paradoxalement, l’école conditionaliste traite le « portrait » du signe ascendant avec les mêmes formules photo-périodiques que le signe solaire, alors que le signe qui se lève à l’horizon au moment de la naissance n’a rien à voir avec un quelconque phénomène de photo-périodicité.  Selon cette école, l’interprétation des planètes dans les signes est fondée sur la durée de passage en dessous et au-dessus de l’horizon de celles-ci. La Lune et les planètes agiraient donc comme de véritables petits soleils qui, selon leur longitude sur l’écliptique, « éclaireraient » le natif plus ou moins longtemps au cours de leur mouvement diurne. L’excentricité (par rapport au plan écliptique) de certaines planètes, comme Mercure ou Pluton et surtout la Lune, inciterait plutôt à constituer un zodiaque spécifique à chacune d’elles. Dans la pratique, l’interprétation du passage des planètes dans les signes suit pourtant exactement le modèle solaire. Enfin et surtout, les conditionalistes interprètent le signe ascendant comme un signe solaire ou planétaire, c’est-à-dire en référence à sa photopériodicité, alors qu’astronomiquement parlant l’« horoscope » n’émet ni ne reflète aucune lumière. Dans notre livre, nous formulons une hypothèse sur l’influence du signe ascendant, en fonction des illusions d’optique dont l’être humain fait l’objet lorsqu’il contemple un phénomène céleste apparaissant au lever. Nous développons également un imaginaire zodiacal fondé sur la symbolique ascensionnelle, durant le mouvement que l’écliptique suit en 24 heures, qui serait applicable au signe ascendant. Bien sûr ces caractéristiques du mouvement zodiacal s’élargissent ou se modèrent en fonction de la latitude locale de l’horoscope et surtout elles s’inversent pour la même latitude en hémisphère austral. 

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